Par Baptiste Murier, antiquaire et brocanteur en Île-de-France.
Vous avez hérité d'une bague, d'une chaîne ou d'une broche, et vous voulez savoir si c'est de l'or 18 carats. En France, la réponse se cache souvent dans un détail minuscule : une tête d'aigle, frappée dans le métal. Voici comment la trouver, comment la lire et quoi faire quand elle n'est pas là.
Que veut dire le poinçon tête d'aigle ?
La tête d'aigle est un poinçon de garantie. C'est une marque officielle, apposée par un bureau de garantie, qui certifie le titre du métal. Le titre, c'est la part d'or pur dans l'alliage.
Pour la tête d'aigle, ce titre est de 750 millièmes. Sur 1000 grammes de métal, 750 grammes sont de l'or pur. Le reste est un mélange d'autres métaux, comme le cuivre ou l'argent, qui rendent l'or plus solide et lui donnent sa couleur. C'est ce qu'on appelle couramment l'or 18 carats.
Ce poinçon est en usage en France depuis 1838. On le trouve donc sur une grande partie des bijoux en or vendus en France depuis le milieu du XIXe siècle : bagues de famille, alliances, chaînes, gourmettes, médailles de baptême, boîtiers de montres.
Pourquoi « 18 carats » ?
Le carat sert ici à mesurer la pureté de l'or, sur une échelle de 24. L'or pur vaut 24 carats. Un or à 18 carats contient donc 18 parts d'or sur 24, soit trois quarts, c'est-à-dire 750 millièmes. Attention à ne pas confondre avec le carat des pierres précieuses, qui est une unité de poids.
Où chercher la tête d'aigle sur un bijou ?
Le poinçon est frappé à un endroit discret, là où il ne gêne pas l'œil. Voici les places les plus fréquentes :
- sur une bague : à l'intérieur de l'anneau, souvent sous le chaton ou près de lui ;
- sur une chaîne ou un bracelet : sur le fermoir, sur l'anneau de fermeture ou sur une petite plaque près du fermoir ;
- sur une broche : au dos, près de l'épingle ou de son attache ;
- sur des boucles d'oreilles : sur la tige ou sur le système de fermeture ;
- sur une montre : à l'intérieur du couvercle ou du fond de boîte.
Sur un ensemble fait de plusieurs pièces, chaque partie importante peut porter sa propre marque. Regardez partout avant de conclure qu'il n'y en a pas.
Comment reconnaître la tête d'aigle à la loupe ?
Prenez une loupe qui grossit au moins dix fois. Placez-vous près d'une fenêtre ou sous une lampe, et faites tourner le bijou doucement. La marque apparaît souvent quand la lumière la frappe de côté.
Vous cherchez une tête d'oiseau vue de profil, avec un bec crochu bien visible, dans un petit contour. Sur un bijou neuf, le dessin est net. Sur un bijou porté pendant des décennies, il peut n'en rester qu'une forme vague, où l'on devine le bec.
Les autres marques à côté de l'aigle
La tête d'aigle est souvent accompagnée d'un second poinçon, en forme de losange. C'est le poinçon de maître : il identifie le fabricant ou l'atelier, avec ses initiales et un petit symbole. Il ne dit rien du titre, mais il aide parfois à dater ou à attribuer une pièce.
Un bijou fabriqué hors de France et importé peut porter d'autres poinçons français, comme le hibou. Les autres titres d'or ont aussi leurs propres marques. Si vous voyez un signe que vous ne reconnaissez pas, notez-le ou prenez-le en photo : il se vérifie facilement.
Un bijou marqué « 750 » ou « 18K » vaut-il une tête d'aigle ?
Pas tout à fait. Les chiffres « 750 » ou les lettres « 18K » sont en général frappés par le fabricant.
Ces inscriptions sont une bonne piste. Mais seules, elles ne sont pas une garantie de l'État. Un bijou fantaisie peut aussi porter un faux « 18K ». Et certaines mentions désignent tout autre chose : « plaqué or » ou « doublé » signalent une fine couche d'or sur un métal ordinaire.
Si vous trouvez à la fois une tête d'aigle et un « 750 », c'est cohérent. Si vous ne trouvez qu'un « 18K » sans autre marque, un contrôle reste utile.
Et si votre bijou n'a pas de poinçon ?
C'est plus courant qu'on ne le pense. Un bijou sans marque visible n'est pas forcément un faux. Plusieurs raisons expliquent l'absence de poinçon :
- l'usure : une bague portée tous les jours pendant des années finit par effacer la marque, surtout à l'intérieur de l'anneau ;
- la mise à taille : quand un bijoutier agrandit ou réduit une bague, il coupe l'anneau, et le poinçon peut disparaître dans l'opération ;
- une réparation : une soudure, un fermoir changé ou un polissage peuvent faire disparaître la marque ;
- une fabrication ancienne ou artisanale : certaines pièces très anciennes, ou faites hors du circuit habituel, n'ont jamais été poinçonnées.
Dans ces cas, on ne lit plus le titre : on le mesure.
Le test à la pierre de touche
C'est une méthode ancienne, encore très utilisée. On frotte le bijou sur une pierre noire et dure, à un endroit discret, pour y laisser une fine trace de métal. On dépose ensuite sur cette trace des acides de force différente. Selon la façon dont la trace réagit ou disparaît, on peut situer le titre de l'or.
Le geste est léger et ne laisse pas de marque visible sur le bijou quand il est bien fait. Il demande de l'habitude et des produits adaptés : ce n'est pas un test à faire seul chez soi.
La mesure au densimètre
L'or est un métal très dense. Le densimètre compare le poids du bijou dans l'air et dans l'eau, ce qui permet de calculer sa densité. Une densité trop faible trahit un métal moins riche en or ou un objet creux. Cette méthode ne touche pas le bijou, mais elle se complique quand il porte des pierres, qui faussent le calcul.
Le poinçon suffit-il à connaître la valeur d'un bijou ?
Non. La tête d'aigle vous dit que le métal est de l'or à 750 millièmes. Elle ne dit rien de l'intérêt du bijou lui-même.
Pour un bijou ancien, plusieurs choses comptent en plus du métal : l'époque, le style, le travail de l'orfèvre, une signature éventuelle, les pierres et l'état général. Une broche fine et bien conservée peut valoir plus que son simple poids d'or. Nous expliquons ces critères dans notre guide sur le prix des bijoux anciens.
C'est pourquoi nous examinons toujours la pièce entière, et pas seulement sa marque.
Que faire avant de vendre un bijou en or ?
Quelques réflexes simples vous aideront à y voir clair :
- ne nettoyez pas le bijou : un produit ménager ou une brosse peuvent abîmer une perle, un émail ou une pierre fragile ;
- gardez les écrins, factures et papiers : ils aident à dater et à identifier la pièce ;
- notez les marques que vous voyez et prenez-les en photo de près, avec une loupe devant l'objectif du téléphone ;
- ne séparez pas les éléments d'une parure : un ensemble complet garde souvent plus d'intérêt.
Côté paiement, la règle est claire en France. Un professionnel qui rachète de l'or à un particulier ne peut pas payer en espèces : il doit payer par virement ou par chèque, selon l'article L112-6 du Code monétaire et financier. Chez Murier Antiquités, nous payons par virement, immédiatement. Pour en savoir plus sur notre façon de faire, consultez notre page sur le rachat de bijoux anciens.
Si vous avez d'autres objets à faire examiner, comme de l'argenterie, des pièces ou des montres, nous pouvons aussi les regarder lors de la même estimation à domicile. Pour l'argent, la logique des poinçons est proche : notre article sur l'argenterie massive et ses poinçons vous guidera.
Faire examiner vos bijoux en or
Vous avez un doute sur une marque, ou un bijou sans poinçon ? Appelez-nous au 06 24 56 38 58, ou envoyez des photos de vos bijoux et de leurs marques sur WhatsApp au même numéro. L'estimation est gratuite et sans engagement, sur photos ou à domicile, à Paris et en Île-de-France.




