Par Baptiste Murier, antiquaire et brocanteur en Île-de-France.
Partager les meubles d'un parent disparu, c'est rarement une question d'argent. C'est une question de souvenirs, de place dans les appartements de chacun, et parfois de vieilles histoires de famille. La bonne nouvelle : la plupart des blocages viennent de trois choses simples. On ne sait pas ce que valent les objets. On n'a pas fixé de règle avant de commencer. Et rien n'est écrit. Voici une méthode qui règle ces trois points.
Si vous en êtes au tout début, lisez d'abord notre guide succession : que faire des meubles. Il explique les premières étapes (photos, papiers, notaire). Ici, nous partons du moment où la famille est prête à se répartir les objets.
Qui a le droit de décider du partage des meubles ?
Tant que le partage n'est pas fait, les meubles appartiennent à tous les héritiers ensemble. C'est ce que le droit appelle l'indivision. Concrètement, aucun héritier ne devrait emporter ou vendre un meuble de son côté sans l'accord des autres.
L'article 815-3 du Code civil fixe les règles de décision. Certains actes de gestion peuvent se décider à la majorité des deux tiers. Mais pour vendre des biens de l'indivision, il faut en principe l'accord de tous, avec quelques exceptions. Personne n'est obligé de rester en indivision pour toujours : l'article 815 du même code permet à chacun de demander le partage.
Dans la pratique, entre membres d'une même famille, le partage des meubles se fait souvent à l'amiable. Le notaire chargé de la succession reste la bonne personne pour savoir si un acte officiel est nécessaire, et comment les meubles entrent dans le partage global. Nous ne sommes pas juristes : nos conseils portent sur les objets, pas sur le droit.
Pourquoi commencer par une estimation neutre ?
Parce que sans valeur, chacun se fait sa propre idée. L'un pense que la commode de grand-mère vaut une fortune. L'autre croit que tout est bon pour la brocante. Et les deux se méfient.
Une estimation faite par une personne extérieure à la famille change la discussion. Elle ne tranche pas les questions de sentiment, mais elle pose une base que tout le monde peut accepter. Les surprises sont fréquentes :
- une grande armoire en bois massif peut avoir une valeur de revente modeste aujourd'hui ;
- une pendule de cheminée, un service de couverts en argent ou une boîte de bijoux peut compter bien plus que prévu ;
- un tableau sans signature visible mérite parfois un second regard ;
- les objets d'Asie, les montres et les monnaies sont souvent sous-estimés par les familles.
Nous faisons l'estimation d'objets anciens gratuitement et sans engagement, à domicile ou sur photos. Quand plusieurs héritiers sont concernés, le plus simple est que tout le monde soit présent, ou reçoive la même liste par écrit. Ainsi, personne n'a l'impression qu'on lui cache quelque chose.
Une précision utile : notre estimation sert à décider entre vous. Elle ne remplace pas l'inventaire officiel fait par un notaire ou un commissaire de justice. Pour la déclaration de succession, les meubles suivent des règles fiscales à part, que nous expliquons dans l'article sur le forfait mobilier de 5 %.
Comment faire des lots équilibrés entre héritiers ?
Le Code civil pose un principe clair à l'article 826 : l'égalité dans le partage est une égalité en valeur. Chacun n'a donc pas besoin de recevoir le même nombre d'objets, mais des parts qui se valent.
Voici une façon de faire qui fonctionne dans beaucoup de familles :
- Partez de la liste estimée, pièce par pièce, avec les photos.
- Séparez les objets en deux groupes : ceux qui ont une vraie valeur de revente, et ceux qui comptent surtout pour les souvenirs.
- Pour le premier groupe, composez des lots de valeur proche. Mélangez les catégories : un meuble, un peu d'argenterie, un tableau.
- Si un héritier tient à un objet qui pèse plus lourd que sa part, il peut compenser. Soit en laissant d'autres objets, soit par une somme versée aux autres. On appelle cela une soulte.
- Quand les lots sont prêts, attribuez-les. Si personne n'a de préférence forte, le tirage au sort évite tout soupçon.
Gardez l'idée qu'un lot doit pouvoir être accepté par celui qui le reçoit en dernier. Si vous ne voudriez pas du lot le moins bon, c'est que les lots sont mal faits.
Que faire quand deux héritiers veulent le même meuble ?
C'est le blocage le plus fréquent. Quelques pistes, de la plus simple à la plus formelle :
- Parler des raisons. Souvent, l'un veut l'objet pour son usage, l'autre pour un souvenir précis. Une photo, un autre objet de la même pièce ou une promesse de le transmettre plus tard peut suffire.
- Compenser. Celui qui prend le meuble cède autre chose de valeur comparable, ou verse une soulte.
- Tirer au sort. C'est imparfait, mais personne ne peut se dire lésé par la méthode.
- Vendre et partager le prix. Quand personne ne cède, la vente met tout le monde à égalité. Elle demande en principe l'accord de tous.
Si rien ne marche et que tout le partage est bloqué, le notaire peut aider à rapprocher les positions. En dernier recours, un partage peut être demandé au juge, mais c'est long, et pour quelques meubles, cela vaut rarement la peine.
Et les souvenirs qui n'ont pas de valeur marchande ?
Les photos, les lettres, un vieux moulin à café, la tasse du petit-déjeuner : ce sont souvent les objets qui comptent le plus, et qui valent le moins à la revente. Ne les mélangez pas avec les lots de valeur.
Pour ces objets, le choix par tours marche bien. On tire au sort un ordre de passage. Chaque héritier choisit un objet, puis on passe au suivant, et on recommence jusqu'à ce que chacun ait ce qu'il souhaite. Pour garder l'équité, inversez l'ordre à chaque tour : celui qui a choisi en dernier choisit en premier au tour suivant.
Quelques conseils pratiques :
- faites ce tri en présence de tous, ou en visio pour ceux qui habitent loin ;
- pour les albums photos, pensez à les numériser : tout le monde garde une copie ;
- les papiers de famille, décorations et objets très personnels peuvent rester ensemble chez un seul héritier qui accepte d'en être le gardien.
Que faire des meubles dont personne ne veut ?
Une fois chacun servi, il reste presque toujours beaucoup de choses. Plusieurs options :
- Le rachat en lot. Un professionnel achète ce qui a une valeur de revente. Chez nous, le paiement est immédiat, par virement. La somme peut ensuite être partagée entre héritiers.
- Le don. Ce qui peut encore servir trouve une seconde vie dans une association ou une ressourcerie.
- Le débarras complet. Pour rendre ou vendre le logement, il faut souvent le vider entièrement.
Notre service de débarras de domicile regroupe ces étapes. Le montant du rachat est déduit du prix du débarras, et le débarras peut même être gratuit quand le rachat le couvre. Les objets utiles sans valeur de revente vont à Emmaüs, au Secours catholique, à l'Armée du Salut ou à une ressourcerie. Le reste rejoint les filières adaptées.
Pensez à faire racheter ou à vendre avant de donner, et à donner avant de jeter. Sinon, des objets de valeur risquent de partir trop vite.
Pourquoi écrire le partage, même en famille ?
Parce que la mémoire change avec le temps. Une feuille simple suffit : la liste des objets, le nom de celui qui les reçoit, les éventuelles compensations, la date et la signature de chaque héritier. Joignez les photos. Transmettez une copie au notaire, qui vous dira si ce document suffit ou s'il faut l'intégrer à un acte.
Ce petit écrit évite bien des questions, des années plus tard.
Pour en savoir plus sur notre façon de travailler avec les familles, consultez la page sur notre accompagnement des successions en Île-de-France.
Une estimation gratuite pour toute la famille
Appelez-nous au 06 24 56 38 58, ou envoyez des photos des meubles et objets sur WhatsApp au même numéro. Nous vous donnons une première idée, puis nous pouvons venir sur place pour une estimation gratuite et sans engagement, à Paris et en Île-de-France, en présence de tous les héritiers si vous le souhaitez.




